Article publié le 19 Octobre 2020 14:00:00
par Sophie CHAUDEY

Bénévoles, comment se prémunir du risque de griffure ?

Personne n’est à l’abri d’un coup de patte de nos amis les chats, surtout lors des opérations délicates de trappages. Contre les griffures, voici quelques conseils et mesures de bon sens qu’il est toujours bon de partager.

« Le plus souvent, on fait comme on peut, reconnaît Nathalie Masson, trésorière de l’association Miaou Aidez-moi à la Farlède dans le Var (83). Notre présidente Françoise Gerini forme les bénévoles sur le terrain, mais personne n’échappe à un coup de griffe. » Les associations le savent bien : lorsqu’on est en contact fréquent avec de nombreux chats, il est difficile d’éviter les griffures, surtout lors d’opérations difficiles comme les trappages. « Je dirais que ce risque représente 20 à 30% de notre temps au refuge » estime pour sa part Coline Beillonnet, bénévole au refuge de l’A.D.A, Association de Défense des Animaux à Saint-Chamond dans la Loire (42). Si la menace n’est pas omniprésente et la griffure le plus souvent bénigne, il faut toutefois rester attentif à cet aléa du métier.

La prudence et la patience sont de mise

« Nous nous fixons comme règle d’être toujours prudents lorsque nous sommes en contact avec les animaux, qu’ils soient dociles ou pas » explique ainsi la bénévole, qui redouble de vigilance auprès de certains chats. « Quand ils sont sauvages ou perdus, nous savons que les chats ne vont pas hésiter à griffer parce qu’ils ont peur. » Coline Beillonnet se dit ainsi très à l’écoute des animaux dont elle a la charge : « Les chats savent se faire comprendre quand ils sont craintifs. Ils vont souffler, reculer, mettre leurs oreilles en arrière … » : dans ces moments, les griffes ne sont jamais loin. Il faut alors faire preuve de patience pour approcher le matou, « ne pas être agressif, ne pas forcer les choses » conseille Coline. Pour accompagner au mieux les bénévoles dans leur mission, l’A.D.A commence ainsi toujours par leur demander s’ils ont déjà l’habitude de s’occuper d'animaux afin de leur attribuer des tâches en fonction de leur expérience. 

La paire de gants est indispensable 

En matière de protection, la paire de gants fait bien sûr partie du matériel incontournable à toujours avoir à portée de main, sans mauvais jeu de mot. Christophe Blanckaert, docteur vétérinaire Clinique les Margats à Boulogne-sur-Mer dans le Pas-de-Calais (62) précise : « faute de mieux, on peut utiliser des gants de jardinage, mais l’idéal est d’avoir des gants renforcés, en kevlar ou croute de cuir, même si ce type de matériel coute cher et n’est pas toujours à la portée des refuges. » Le vétérinaire souligne également l’importance de choisir avec soin le reste de l’équipement utilisé pour les opérations de trappage et recommande d’opter pour « des systèmes sécurisés et éventuellement des cages de transfert pour passer de la cage de trappage à la cage de soin. » Sur ce point, Nathalie Masson explique qu' « en fonction des chats à attraper et de l’endroit où ils se cachent, nous utilisons soit des cages pièges, soit des épuisettes, ou bien une simple serviette pour les chatons. Mais même un petit peut faire des dégâts en termes de griffures et de morsures. »

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« Toujours avoir une trousse d’urgence disponible »

En cas de blessure, le bon réflexe est alors d’utiliser un antiseptique. « Il faut toujours avoir une trousse d’urgence disponible, contenant des pansements et de quoi désinfecter indique Christophe Blanckaert. Cette trousse doit être réservée aux bénévoles et donc être différente de celle qui va servir aux animaux. » Le vétérinaire préconise également d’afficher les numéros des urgences, des pompiers et du médecin le plus proche. Et si la blessure semble sérieuse, « il ne faut pas hésiter à consulter un médecin ou se rendre aux urgences lorsqu’un acte chirurgical est nécessaire pour des points de suture par exemple. Si besoin, on vous fera une prescription d’antibiotiques et/ou de médicaments pour gérer la douleur. »

Les cas de rage sont rares mais peuvent arriver

Car même si les risques sont limités, Christophe Blanckaert invite à la prudence. Il faut toujours garder  à l’esprit les risques de zoonoses, c’est à dire de transmissions de maladies de l’animal vers l’homme, au premier rang desquelles se trouve la rage, bien que cela reste très rare en France métropolitaine. « De mauvaises expériences se sont déjà produites : je me souviens d’un cas occasionnel de rage dans la région parisienne, survenu il y a une dizaine d’années. Un chaton, trouvé et recueilli par une association, présentait des symptômes agressifs. Il a mordu quelques bénévoles qui ont eu le bon réflexe de contacter un vétérinaire. Ce dernier a demandé une analyse : le chaton, qui avait été importé, avait une rage africaine. Les bénévoles ont heureusement pu être soignés à temps. »

La formation peut aussi se faire auprès des vétérinaires

Afin de pallier toutes les éventualités, la formation des bénévoles et personnels d’association est nécessaire. On peut pour cela se tourner vers le ou les vétérinaires qui s’occupent de l’association suggère Christophe Blanckaert. « Lors d’une assemblée générale par exemple, on peut envisager des interventions pour faire passer de l’information et former aux risques les plus courants. On peut enseigner des bases d’éthologie, sur le comportement d’un animal, ses réactions de crainte, mais également apprendre des méthodes de contention, le plus souvent non coercitives, qui ont fait leur preuve dans les cliniques vétérinaires. Pour les bénévoles les plus exposés, on peut très bien transmettre des schémas de formation identiques à ceux appris par les auxiliaires vétérinaires. » A tous ces conseils, s’ajoutent bien sûr l’expérience des bénévoles les plus aguerris qui vont accompagner les nouveaux venus. Nathalie Masson en est convaincue « c’est à force de participer et de pratiquer sur le terrain qu’on apprend le mieux. »